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Publié par David Noël

L'historien Pierre Chaunu, l'une des grandes figures de l'école historique française, est décédé jeudi soir à son domicile de Caen, à l'âge de 86 ans. Ancien professeur d'histoire moderne à la Sorbonne, Pierre Chaunu était l'un des fondateurs de l'histoire quantitative. Cette approche s'appuie sur les mathématiques et les statistiques et utilise l'économie et la démographie pour analyser les évolutions historiques. Le grand public le connaissait surtout pour ses cris d'alarme concernant la démographie européenne. Spécialiste de l'Amérique espagnole et de l'histoire sociale et religieuse de la France des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècle, il est l'auteur de plusieurs dizaines de livres.

Né le 17 août 1923 à Belleville (Meuse), «à la lisière du champ de bataille de Verdun», selon ses propres termes, agrégé d'histoire et docteur ès lettres, Pierre Chaunu a commencé sa carrière comme professeur au lycée de Bar-le-Duc en 1947. Membre de l'école des hautes études hispaniques, il séjourne à Madrid et à Séville jusqu'en 1951. A son retour en France, il est professeur au lycée Michelet de Vanves (1951-1956) avant de poursuivre sa carrière à l'Université. Entre 1956 et 1959, Pierre Chaunu est chargé de cours à la Faculté des lettres de Paris et attaché de recherches au Centre national de la recherche scientifique (CNRS). La publication de sa thèse monumentale - en douze volumes - sur "Séville et l'Atlantique (1504-1650)", de 1955 à 1960, marque un tournant dans la recherche en histoire.

Statistiques à l'appui, il montre que le commerce entre l'Amérique hispanique et la métropole n'a pratiquement rien rapporté à celle-ci. Au mieux, les trésors d'Amérique équivalent à 6 ou 7 % du revenu annuel du roi de France, non déduit le coût exorbitant du transport. «À quoi sert l'or d'Amérique ? À produire l'or d'Amérique»...

L'historien est très tôt fasciné par le dynamisme démographique et la féconde vitalité de l'Occident au Moyen Âge. Il souligne l'avènement d'un monde plein : «Le monde plein, c'est 40 hommes vivant au minimum par km2, sur un espace défriché à 80 % tel que, monté sur l'un des 130 000 clochers de la chrétienté latine, on en voit 5 ou 6 à l'horizon». Au Moyen Âge, la planète est encore compartimentée : «Au XIIIe siècle, aucune civilisation n'a d'yeux sur plus d'un tiers de la planète», écrit-il dans Colomb ou la logique de l'imprévisible (François Bourin, 1993). Tout change avec Christophe Colomb. «1492, c'est l'année de l'Espagne, l'année de l'émergence d'une puissance qui, en un demi-siècle, devient dominante».

Devenu professeur à l'Université de Caen, Pierre Chaunu y fonde en 1966 le Centre de recherches d'histoire quantitative. «Les graphiques des naissances me paraissent plus sûrement annonciateurs que les tendances réunies du Dow Jones, du Nikkeï et du Cac 40 ; et les réflexions et représentations sur l'au-delà de la mort, plus opérationnelles que la lutte dite des classes et le cours du Brent à Rotterdam», expliquait-il.
Désigné professeur d'histoire moderne à l'Université Paris IV-Sorbonne en 1971, il y enseignera jusqu'à sa retraite.

Pierre Chaunu a par ailleurs joué un rôle important dans les instances du CNRS. Il était membre de l'Académie des sciences morales et politiques depuis 1982 et du Haut Conseil à l'intégration depuis 1994. Auteur prolifique, l'historien a notamment publié "La Civilisation de l'Europe des lumières" (1971), "Démographie historique et système de civilisation" (1974), "La Peste blanche, Comment éviter le suicide de l'Occident ?" (1976), "Un futur sans avenir, Histoire et population" (1979), "Histoire et décadence" (1981), "Trois millions d'années, quatre-vingt milliards de destins" (1990), "Colomb ou la logique de l'imprévisible" (1993), "Charles Quint" (2000). Marié et père de six enfants, Pierre Chaunu était commandeur de la Légion d'honneur.

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