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Publié par David Noël

J'ai reçu cette semaine le nouveau numéro de Vingtième Siècle, la revue d'histoire de Sciences Po. Le numéro 104 daté d'octobre-décembre 2009 est un numéro varia dont j'ai commencé la lecture, juste après avoir fini de lire le livre de Ian Kershaw.

Pour rester dans la même thématique, j'ai commencé par l'article de Nicolas Patin intitulé "Parcours critique du journal de Joseph Goebbels".
De 1923 à 1945, le ministre de la propagande d'Hitler a tenu scrupuleusement son journal dont les 29 volumes sont en cours de publication (seuls les 4 derniers volumes ont été traduits en français). Avec ses 43 000 pages, le journal de Goebbels est une source essentielle pour comprendre le IIIe Reich, mais dont il faut se méfier. Les objectifs et les conditions d'écriture du journal ont changé : "De 1923 à 1926, le journal est une forme de confession, un objet avec lequel Goebbels pense marquer l'Histoire. De 1927 à 1933, l'écriture devient quotidienne, mécanique, le journal enregistre et chronique des faits privés et politiques. Avec l'arrivée au pouvoir, le journal s'appauvrit, n'est ponctué que par les liturgies nazies (1er Mai, Congrès, etc.) ; il devient l'explication d'un agenda. L'entrée en guerre n'est pas une franche rupture ; c'est 1941 qui marque le changement : le passage d'un agenda à un commentaire d'actualité. [...] Toutes ces périodes ne peuvent être critiquées de manière uniforme : la spontanéité de Goebbels s'amenuise, à mesure qu'il perçoit la place qu'il prend dans l'Histoire. A partir de 1941, l'autocensure s'approfondit. La complexité psychologique de l'auteur est beaucoup plus perceptible dans les premières années, en comparaison des dernières, figées dans la péroraison."

Nicolas Patin explique les mécanismes d'autocensure : élimination des passages relatifs à la vie privée et atténuation des attaques contre ses rivaux, comme Göring, particulièrement violentes au début. Le passage de l'écriture à la dictée à un secrétaire pendant la guerre et la prise de conscience d'écrire pour l'Histoire conduisent Goebbels à s'autocensurer.
Un autre aspect du travail d'autocensure opéré par Goebbels tient à la manière dont Goebbels se représente au sein du système nazi : dans son journal, il sort toujours vainqueur des bras de fer qui l'opposent à Göring ou Ribbentrop et sa propagande se révèle toujours opératoire et donne systématiquement des résultats magnifiques. Dans la réalité, la propagande de Goebbels se révèle de plus en plus inefficace à partir de 1941 et Goebbels est mis hors-jeu par Hitler lui-même : "Le journal est en conséquence un moyen pour lui de se revaloriser, de travestir la réalité : celle de la diminution de son efficience au sein de la polycratie nazie ; celle de la défaite du régime nazi dans son ensemble, finalement."

Hier soir, j'ai achevé un deuxième article, celui de Magali della Sudda, intituté "Le Vatican, la France et l'hebdomadaire Sept". Cet hebdomadaire d'actualités fondé par les dominicains en 1934 et dirigé par le père Bernadot comptait 25 000 abonnés au moment de sa disparition en 1937. Parmi ses collaborateurs figuraient des gens comme Etienne Gilson, Jacques Maritain ou François Mauriac. Plaidant pour une doctrine sociale de l'Eglise qui se soucie de la condition ouvrière, l'hebdomadaire catholique a parfois été accusé de "philocommunisme" par les catholiques conservateurs qui lui reprochaient une certains sympathie pour le Front Populaire et ses prises de position contre la guerre d'Ethiopie, soutenue par l'Eglise italienne. Face aux critiques, le Saint-Office mène l'enquête et décide l'arrêt d'un journal qui engageait l'Eglise et dont les prises de position étaient trop dérangeantes.

En vrac, parmi les autres articles de la revue, je lirai avec beaucoup d'attention l'article de John Horne intitulé "Guerres et réconciliations européennes au XXe siècle". John Horne se penche sur les sorties de guerre et les processus de démobilisation culturelle et de réconciliation en 1918, 1945 et 1989.
Centré sur l'entre-deux-guerres, l'article de Philippe Garraud intitulé "L'ombre portée de 14-18 dans les années 1930" sera aussi passionnant à lire tout comme l'article d'histoire politique de Laurent Jalabert consacré à la Convention des Institutions Républicaines. Tremplin de François Mitterrand vers le congrès d'Epinay, la CIR permet de comprendre les repositionnements doctrinaux ainsi que les tactiques politiques du futur leader du Parti Socialiste.

Ce nouveau numéro de Vingtième Siècle m'a l'air vraiment intéressant. Je devrais avoir un peu de temps la semaine prochaine, j'en profiterai pour me plonger dans les principaux articles de la revue.

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