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Vidéos APHG 59-62

Publié par David Noël

Spécialiste de l'Antiquité romaine tardive, Joël Schmidt a publié Le royaume wisigoth d'Occitanie en 1996 aux Editions Perrin. Le livre est sorti en 2008 en format de poche dans la collection Tempus et je viens d'en achever la lecture.

Ce livre est une rétrospective de l'histoire du royaume de Toulouse de 408 à 511 : chute de Rome, l'invasion des Barbares… L'historien évoque les rois Athaulf ou Alaric, raconte la bataille des Champs Catalauniques en 451, explique le rôle des intellectuels tels que Sidoine Apollinaire et les conflits entre ariens et catholiques, ainsi qu'entre les Wisigoths et les Gallo-Romains.

Après le sac de Rome en 410 par Alaric et ses soldats, les Wisigoths conduits par  le roi Athaulf quittent l'Italie et ravagent la Gaule et l'Espagne. Après la mort d'Athaulf et la montée sur le trône de son frère Wallia, ils signent un traité d'alliance, un foedus en 418 avec l'empereur romain d'Occident  Honorius qui les autorise à s'installer en Aquitaine et dans la région de Toulouse. C'est le début du royaume wisigoth d'Occitanie.

Le peuple wisigoth représente au plus 100 000 personnes, dont 8 000 guerriers. Minoritaires, les Wisigoths ne cherchent pas à se fondre dans la population gallo-romaine qui les accepte pour que cessent les troubles dans la région.

Entre 418 et 451, les Wisigoths sont commandés par le roi Théodoric Ier. Dans un premier temps, les Wisigoths ne cherchent pas à rompre le traité de 418, mais ils profitent de l'affaiblissement du pouvoir romain alors que le nouvel empereur Valentinien III doit lutter contre l'usurpateur Jean pour assiéger Arles en 425 où ils sont repoussés par Aetius, maître de la milice et véritable vice-empereur. En 435, alors que la Gaule est sous la menace des Francs et d'une révolte Bagaude, Théodoric Ier tente de prendre Narbonne mais il est vaincu par le général romain Litorius, qui assiège Toulouse avec ses auxiliaires huns. Les négociations menées par le clergé catholique échouent et Litorius est finalement vaincu en 439. Alors que les Suèves sont solidement installés en Espagne et que les Vandales viennent de prendre Carthage, l'empire romain n'a plus les moyens d'arrêter l'expansion de leurs alliés Wisigoths.
Pendant une dizaine d'années, la situation semble stabilisée et l'implantation des Wisigoths peut s'étendre en Aquitaine. Prospère, le royaume de Toulouse compte 200 000 Wisigoths dans les années 440 et si les populations ne se mélangent pas, les litiges entre gallo-romains et Wisigoths commencent à s'estomper.

Les Wisigoths de Théodoric Ier combattent aux côtés des Romains commandés par Aetius pour stopper Attila et les Huns à la bataille des Champs Catalauniques, en 451. La bataille fait 270 000 victimes et Théodoric Ier meurt sur le champ de bataille.

Désormais commandés par Thorismond, fils de Théodoric, les Wisigoths se replient dans leur royaume de Toulouse où Thorismond est assassiné à l'instigation de ses frères. C'est Théodoric II qui lui succède. Elevé à la cour de Toulouse, Théodoric II a eu pour précepteur Eparchius Avitus, préfet du prétoire des Gaules. Sidoine Apollinaire dresse le portrait d'un roi intelligent et cultivé, habile au tir à l'arc, dont la foi arienne est plus une affaire d'habitude qu'une piété véritable et qui se montre tolérant envers les catholiques.

La mort d'Aetius assassiné sur ordre de l'empereur Valentinien III puis l'assassinat de Valentinien III remplacé par Pétrone Maxime marque une nouvelle étape dans le délitement du pouvoir impérial dont profite Théodoric II. Rome est envahie par les Vandales de Genséric le 3 juin 455. Pendant le court règne de Pétrone Maxime, Eparchius Avitus, ami de longue date des Wisigoths avait été nommé gouverneur des Gaules.
Théodoric II convoque une assemblée des notables gallo-romains à Beaucaire et fait proclamer Avitus empereur. C'est Sidoine Apollinaire qui prononce le panégyrique de son beau-père le 1er janvier 456.  Avec la bénéfiction du nouvel empereur, Théodoric II intervient en Espagne contre les Suèves du roi Riciaire qui sont écrasés sur les bords du fleuve Urbius. Les Wisigoths s'emparent de Braga et de Merida. Riciaire s'enfuit, mais est capturé et exécuté. Les Wisigoths installent un de leurs clients comme roi des Suèves. 

Pendant que les armées de Théodoric prennent le contrôle de l'Espagne, Avitus est victime d'un complot et battu par Majorien et Ricimer. Majorien devient empereur et avec l'aide de Aegidius, nouveau maître de la milice de la Gaule, il arrête les Wisigoths qui avaient entrepris le siège d'Arles en 458. Les Wisigoths se soumettent et accompagnent même Majorien et l'armée romaine en 460 dans une expédition contre les Vandales qui tourne court. L'empereur majorien est finalement assassiné à l'instigation du patrice Ricimer et remplacé par un certain Sévère, une marionette du général barbare.  

Dans ce contexte, Théodoric II, réussit à s'emparer de Narbonne grâce à la trahison du gouverneur de la Narbonnaise Agrippin, un des hommes de Ricimer. Les Wisigoths cherchent à s'étendre vers le Nord, mais sont repoussés près d'Orléans par Aegidius et se replient avant d'intervenir une nouvelle fois en Espagne pour déposer le roi Athulfe et le remplacer par un personnage plus docile, Remismond. 

En 466, Théodoric II est assassiné et c'est son frère Euric qui s'empare du pouvoir. Euric est décidé à considérer comme caduc le traité de 418 et à s'affranchir de la tutelle romaine. Peu romanisé, parlant un latin approximatif, il refuse de reconnaître Anthémius, le nouvel empereur romain et ses successeurs et se rapproche de la cour de Constantinople.

Dès les premières années de son règne, Euric conforte l'arianisme. Les évêques catholiques sont spoliés, persécutés et exilés ou emprisonnés. Pour marquer symboliquement ce changement de politique, Euric délaisse Toulouse pour Bordeaux.

En 469, à la bataille de Déols, les 12 000 soldats bretons de Riothamus sont battus par les soldats d'Euric avant d'avoir pu faire leur jonction avec les forces du domaine gallo-romain commandées par le comte Paul, successeur d'Aegidius et l'armée de renfort romaine commandée par Anthémiolus, fils de l'empereur Anthémius, tué  près d'Arles. Les Wisigoths s'emparent de la Touraine, du Berry, du Quercy, du reste de l'Aquitaine et menacent l'Auvergne où Sidoine Apollinaire est devenu évêque de Clermont en 471. A Rome, Anthémius meurt assassiné en 472. Olybrius, Glycère et Julius Nepos lui succèdent.  

Malgré la résistance des Arvernes emmenés par Ecdicius, fils de l'empereur Avitus nommé patrice et maître de la milice en 474 par l'empereur Julius Nepos et qui repousse les Wisigoths sous les murs de Clermont, les Wisigoths contraignent l'empereur à signer en 475 un traité de paix qui les affranchit de la tutelle romaine et leur livre l'Auvergne en échange de la garantie de ne pas envahir la Provence.

Julius Nepos est renversé par Flavius Oreste qui place son fils Romulus Augustule sur le trône 476. Profitant de la vacance du pouvoir romain, Euric s'empare de la Provence et les Wisigoths entrent dans Arles.
Une armée wisigothique pénètre en Italie pour signifier à Odoacre, qui vient de renverser Romulus Augustule que les Wisigoths sont désormais les maîtres de la Gaule et de l'Espagne. 

Maître d'un immense royaume, reconnu par l'empereur de Constinople, Euric ne cherche plus à étendre sa domination, mais défend le royaume wisigoth contre les Bretons, les restes des troupes gallo-romaines du comte Paul et les Bagaudes. La pacification de l'Espagne se poursuit en 477 et

Les anciens cadres romains et gallo-romains se rallient au roi des Wisigoths qui a pour premier ministre et questeur du palais le comte Léon, originaire de Narbonne, comme gouverneur de l'Auvergne un lettré romain, le comte Victorius et comme amiral un autre gallo-romain, un certain Namatius. Pour mieux légitimer son royaume, Euric fait entreprendre la publication d'un code de lois rassemblant les lois wisigothiques, le code d'Euric, achevé en 480. L'occupation wisigothique attribue cette fois les deux tiers des terres aux Barbares et non plus le tiers comme en 418. Divers privilèges dont jouissait la noblesse gallo-romaine sont abolis, les mariages mixtes entre ariens et catholiques sont interdits. L'intolérance religieuse des Wisigoths se poursuit sous des formes plus sournoises.

A la mort d'Euric en 484, c'est son fils Alaric II qui lui succède à la tête du royaume. La dernière année du règne d'Euric avait été marquée par un arrêt des persécutions contre les catholiques, la réouverture de leurs églises, la libération de leurs évêques et le rétablissement de la liberté de culte. C'est au nouveau pape Félix III, élu grâce à l'influence d'Odoacre, qui était arien, que l'on devait l'installation d'une paix religieuse en Occident.

Alaric II cherche à assurer la cohésion de son royaume avec autorité et une relative bienveillance. Il ne s'oppose pas aux Clermontois qui chassent le comte Victorius, il donne son accord à la nomination de l'évêque de Langres, le catholique Aprunculus comme successeur de Sidoine Apollinaire sur le trône épiscopal de Clermont. Le fils de Sidoine Apollinaire est nommé comte de la cité d'Auvergne.

Sur le plan international, Alaric II se rapproche des Ostrogoths de Théodoric le Grand qui se lance, avec l'accord de l'empereur de Constantinople dans la conquête de l'Italie en 489. Théodoric bat Odoacre près de l'Isonzo en Italie. Le chef Hérule se réfugie à Ravenne où il est assiégé en 490 par les Ostrogoths et les Wisigoths. Afin de consolider l'alliance entre les deux puissances gothiques, Théodoric donne en mariage à Alaric II sa fille aînée Théodigotha.

Sur le plan intérieur, Alaric II tente de désarmer l'opposition du clergé catholique, qui ne cachait pas sa préférence pour les Francs de Clovis, récemment converti au catholicisme. Les évêques les plus hostiles aux Wisigoths comme Ruricius de Limoges et Césaire d'Arles sont chassés en 505 de leur siège épiscopal et exilés à Bordeaux, mais Alaric II autorise la réunion en 506 d'un concile catholique dans la ville d'Agde auquel participent 34 évêques et 3 évêques métropolitains.

La publication la même année du Bréviaire d'Alaric, un recueil de lois rédigées par le romain Ananius qui donne une large place à la législation romaine s'inscrit dans cette logique de conciliation.

Cependant, malgré tous les efforts diplomatiques de Théodoric le Grand pour éviter la guerre entre Francs et Wisigots, Clovis se lance à l'attaque du royaume wisigoth. Les deux armées se rencontrent à Vouillé où Clovis bat les Wisigoths et tue Alaric II. Beaucoup d'Arvernes engagés dans l'armée wisigothique meurent à Vouillé. Le fils de Sidoine Apollinaire, qui s'y trouvait aussi, réussit à regagner l'Auvergne.

En quelques semaines, les armées franques prennent le contrôle de l'Occitanie. Théodigotha et son fils Amalric, le fils d'Alaric II, se réfugient à Barcelone tandis qu'une partie des troupes wisigothiques se rallie à Gésalric, fils naturel d'Alaric II et gouverneur de Narbonne, mais Clovis s'empare de Toulouse en 508 et investit Carcassone pendant que son fils Thierry fait la jonction avec les Burgondes du roi Gondebaud et entreprend le siège de Narbonne.
Gésalric abandonne toute la Wisigothie gauloise et s'enfuit à Barcelone sans attendre l'arrivée des renforts ostrogoths commandés par le duc Ibbas. Après avoir battu les armées de Thierry et Gondebaud et investi Arles, le duc Ibbas occupe la Septimanie, y-compris Carcassonne et Narbonne en 508-509 et entre en Espagne au nom d'Amalric pour déloger l'usurpateur Gésalric. Au printemps de l'année 510, les Francs et leurs alliés Burgondes mettent une nouvelle fois le siège devant Arles qui résiste sous la conduite de son évêque. Gésalric et ses fidèles sont écrasés par les Ostrogoths. Renonçant à reconstituer au profit de son petit-fils le royaume wisigoth de Toulouse, Théodoric le Grand installe Amalric sur le trône de Barcelone où le royaume wisigoth va prospérer  durant deux siècles jusqu'à sa chute en 711.

Agréable à lire pour le non-spécialiste que je suis, le livre de Joël Schmidt adopte une démarche chronologique et fait la part belle au grand témoin qu'est Sidoine Apollinaire, mais on regrettera le manque de cartes et d'une réflexion plus achevée sur la spécificité de l'espace occitan.

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