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Vidéos APHG 59-62

Publié par David Noël

La dernière livraison de la revue d'histoire Vingtième Siècle, datée d'octobre-décembre 2007 est consacrée au Parti socialiste : un choix éditorial qui s'explique naturellement par la défaite subie par le PS aux élections présidentielles et les débats autour de la rénovation de la gauche, mais qui ne va pas de soi dans une revue d'histoire contemporaine. Vingtième Siècle n'est pas un  newsmagazine de base...

En histoire comme dans toutes les disciplines, la recherche obéit aussi à des modes qui reflètent les rapports de forces entre les différentes écoles historiques, mais aussi les préoccupations de la société à un moment donné.

La biographie et ce qu'on a appelé "l'histoire-bataille" ont été écartées dans les années 60 au profit d'une histoire qui s'intéresse au temps long et aux structures socio-économiques.

Les partis politiques comme objet d'histoire ont souffert de la même désaffection. François Audigier dresse un état des lieux historiographique qui en explique les raisons : les sociologues se sont penchés sur les nouveaux mouvements associatifs et les historiens du politique s'intéressent davantage aux valeurs, aux cultures et à la sociabilité des militants qu'aux formations politiques proprement dites. Les études consacrées aux partis politiques s'inscrivent souvent dans une échelle départementale ou régionale. Aujourd'hui, l'histoire des partis politiques intègre de nouvelles approches et s'intéresse en particulier à l'évolution de la propagande militante liée à la modernisation des médias, à l'inscription des partis politiques dans un espace symbolique ou se livre à des comparaisons à l'échelle européenne.

Après une introduction de Michel Winock sur le PS dans le système politique français, Aude Chamouard s'intéresse à la mairie socialiste, matrice du réformisme (1900-1939). Elle montre dans son article que la conquête par la SFIO de nombreuses municipalités au début du XXe siècle entraîne une évolution du Parti socialiste. Les maires socialistes comme Emile Basly à Lens assument un réformisme pratique et la figure du bon gestionnaire remplace peu à peu celle du révolutionnaire tandis que les élus socialistes se notabilisent.

La notabilisation du PS-SFIO est justement étudiée par Noëlline Castagnez qui s'est intéressée à la IVe République. Noëlline Castagnez montre qu'on assiste entre 1945 et 1958 à une érosion de la base militante de la SFIO, qui se replie autour de la figure du maire et du conseiller général. La SFIO passe de 354 000 adhérents en 1946 à 87 000 en 1951 avec une sous-représentation des femmes, des ouvriers et un cumul des mandats généralisé. Il faudra attendre 1971 et le congrès d'Epinay pour que le PS redevienne un parti de militants à la faveur de la dynamique enclenchée par l'Union de la gauche.

Gilles Morin s'est intéressé aux liens entre les socialistes et la société française. Fondée en 1905, la SFIO entretient des rapports parfois difficiles avec la CGT dominée par les anarchistes et les syndicalistes-révolutionnaires qui font adopter en 1906 la Charte d'Amiens. Après 1918, si la création du PCF et de la CGTU rapproche la SFIO de la CGT, jamais les liens entre parti et syndicat ne seront ce qu'ils sont en Angleterre où les trade-unions adhèrent au Labour. En France, on est loin de la social-démocratie même si la plupart des cadres socialistes sont aussi des syndicalistes. La SFIO a donc besoin de s'appuyer sur d'autres réseaux et dans les années 1920-1930, elle les trouve dans le mouvement laïc (franc-maçonnerie, Ligue de l'Enseignement, Ligue des Droits de l'Homme).
Après la seconde guerre mondiale, les liens entre mouvement socialiste et mouvement laïc perdurent tandis que les liens entre la SFIO et les syndicats se desserrent et il faudra attendre la déconfessionalisation de la CFTC en 1964 qui donne naissance à la CFDT et la création du nouveau PS à Epinay en 1971 pour que s'esquisse un rapprochement entre mouvement socialiste et mouvement syndical.

L'étude de Carole Bachelot sur Parti socialiste et parti travailliste est tout aussi intéressante. Carole Bachelot montre que la mutation du PS et du New Labour au cours des années 90 aboutit à une féminisation du parti, mais aussi à une personnalisation autour de Tony Blair ou de Lionel Jospin. De plus en plus, les partis socialistes deviennent des partis d'adhérents-supporters et c'est une rupture avec la tradition du mouvement ouvrier. Mais la mutation du parti socialiste et du parti travailliste obéit à des schémas différents : en Angleterre, la primauté du Premier Ministre sur le parti est formalisée tandis qu'en France subsiste la fiction de l'autonomie du parti vis-à-vis du gouvernement. Au final, le PS et le New Labour sont dirigés par deux oligarchies, mais celle du PS s'est construite dans le flou, sur la base du poids des tendances.

Enfin, il faut signaler l'article de Frédéric Cépède et Fabrice d'Almeida, Etre socialiste d'un siècle à l'autre, qui montre bien les difficultés à être socialiste - avec tout ce que ça comporte en terme de références culturelles et symboliques - à l'heure des médias de masse.

Au final, le dossier de la revue Vingtième Siècle est d'un grand intérêt et pose beaucoup de questions sur le Parti socialiste. On attend désormais d'autres études portant sur d'autres forces politiques.

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